Chute de Stellantis : les raisons expliquées
L’action Stellantis a perdu près d’un quart de sa valeur en une seule séance début 2026, clôturant aux alentours de 7 dollars. Cette chute spectaculaire du titre résulte de la combinaison de plusieurs facteurs industriels, stratégiques et géopolitiques qui fragilisent le groupe depuis plusieurs trimestres.
Sous-utilisation des usines Stellantis : le problème structurel
La crise de Stellantis ne se lit pas uniquement dans les cours de bourse. Elle se manifeste d’abord dans les taux d’occupation de ses sites industriels en Europe. Plusieurs usines tournent très en dessous de leur capacité, ce qui pèse directement sur les coûts fixes par véhicule produit.
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L’usine historique de Poissy va cesser la production d’automobiles après 2028. Le site ne ferme pas à proprement parler : Stellantis prévoit un repositionnement vers l’économie circulaire, une reconversion qui traduit l’impossibilité de maintenir un volume de fabrication rentable sur ce site.
En Espagne, le groupe a choisi une autre voie pour compenser cette sous-utilisation. Stellantis ouvre ses usines espagnoles au constructeur chinois Leapmotor pour y fabriquer des véhicules électriques abordables destinés au marché européen. Cette co-production avec un partenaire chinois rompt avec le modèle industriel traditionnel du groupe, où chaque usine produisait exclusivement des véhicules maison.
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Perte record et erreur de lecture du marché électrique
Stellantis a enregistré une perte de 22,3 milliards d’euros en 2025, la pire de son histoire. Ce chiffre traduit un problème précis : le groupe a mal évalué la demande des consommateurs en véhicules électriques, ce qui l’a conduit à réduire la production de ces modèles après avoir investi massivement dans leur développement.
L’erreur n’est pas d’avoir parié sur l’électrique. Elle réside dans le calendrier et le positionnement tarifaire. Les modèles proposés n’ont pas trouvé leur public au rythme anticipé, générant des stocks et des dépréciations d’actifs considérables.
Premiers signes de redressement au premier trimestre 2026
Le tableau n’est pas uniformément sombre. Au premier trimestre 2026, Stellantis est redevenu bénéficiaire, avec des ventes en hausse de 6 %. Les revenus ont dépassé les prévisions des analystes. Le groupe sort la tête de l’eau, sans avoir totalement repris pied.
Un contraste notable existe aussi entre la situation mondiale et la production française. La fabrication en France a progressé de 5 % en 2025, alors que les ventes mondiales du groupe stagnaient. Ce décalage suggère une stratégie de concentration industrielle sur le territoire français, au moins temporairement.
Droits de douane et pression géopolitique sur le cours Stellantis
La chute du titre a été amplifiée par un facteur extérieur au groupe : l’annonce de nouveaux tarifs douaniers qui menacent les flux commerciaux automobiles transatlantiques. Les investisseurs ont intégré dans le cours le risque d’une hausse des coûts d’importation vers les États-Unis, un marché clé pour les marques Jeep et Ram.
Ce risque tarifaire agit comme un multiplicateur de la défiance. Un groupe déjà fragilisé par des pertes massives et une transition électrique mal calibrée se retrouve exposé à un choc externe sur lequel il n’a aucune prise.
- La perte de 22,3 milliards d’euros en 2025 érode la confiance des investisseurs et le consensus des analystes
- Les tarifs douaniers menacent la rentabilité des ventes nord-américaines, historiquement les plus profitables du groupe
- La réduction de production de véhicules électriques signale un repositionnement stratégique encore flou pour le marché

Action Stellantis : ce que surveillent les analystes
Malgré la chute, certains modèles d’évaluation financière placent un objectif de cours significativement supérieur au prix actuel. Le modèle avancé de TIKR, par exemple, fixe un objectif à 17 dollars, soit un potentiel de hausse notable par rapport au cours d’environ 7 dollars après la dégringolade.
Cette divergence entre le prix de marché et les objectifs des analystes reflète un pari sur la capacité du groupe à exécuter son plan de redressement. Plusieurs éléments pèsent dans cette analyse :
- Le retour à la rentabilité au premier trimestre 2026, plus rapide qu’attendu
- Le partenariat Leapmotor, qui pourrait permettre de proposer des véhicules électriques compétitifs sans supporter seul les coûts de développement
- La trésorerie (cash) du groupe, qui reste un atout pour financer la transition sans recourir à un endettement excessif
Le risque principal identifié par le marché reste l’exécution. Stellantis doit prouver que ses choix industriels récents produisent des résultats concrets sur plusieurs trimestres consécutifs, pas seulement sur un premier trimestre encourageant.
Produits structurés : un risque collatéral pour les particuliers
La chute du titre a aussi mis en lumière un problème périphérique. Des produits structurés indexés sur l’action Stellantis avaient été vendus à des investisseurs particuliers. Quand le cours s’effondre, ces produits peuvent générer des pertes amplifiées par leur mécanique financière. Ce sujet, soulevé sur les forums d’investisseurs, rappelle que le risque d’un titre ne se limite pas à sa valeur faciale.
La trajectoire de Stellantis en 2026 dépend de trois variables mesurables : le rythme de remplissage de ses usines (notamment via Leapmotor), l’évolution des droits de douane américains, et la capacité à maintenir la rentabilité retrouvée au premier trimestre. Le retour du groupe dans le vert ne garantit rien, mais il donne aux analystes une base de calcul plus solide que les résultats catastrophiques de 2025.